02/02/10

L'Icône & l'Oblation


La Tradition nous a déjà mis en garde contre l’exploitation abusive des réalités psychiques au moyen de pratiques mésotériques telles que les rituels. Nous avons donc mis un pied dans la dimension métaphysique de la Magie où les images prennent un sens opératif palpable. Cependant, nous avons pu oublier de ce fait la dimension potentiellement spirituelle d’un tel acte. C’est alors que la magie a commencé à se refermer sur elle-même, coupée du monde, telle une Mère esseulée. En fait, il faut que la dimension du cœur soit pleinement ouverte au Souffle, que la confiance dirige les activités intérieures, afin de bien positionner les qualités éveillées qu’une telle exploration métaphysique nous a fait découvrir.

Il se peut que des rites nouveaux prennent alors leur sens. C'est le « Chemin du retour » du Dragon qui, dans la dignité et le rayonnement d’être ce qu’il Est, rejoint avec une fougue joueuse le monde manifesté. Cette joyeuse union confère une initiation toute particulière. On apprend la magie du dedans afin de l’exprimer et de la faire rayonner. Des milliers de facettes colorées jaillissent et se transmettent depuis cet espace vide, plein de potentiel. C’est alors que le cœur ouvert, la manifestation subtile du méta-sens s’offre dans sa dimension charnelle, sensorielle. C’est l’heure du rituel final. De l’oblation.

La souvenance perpétuelle de l’acte primordial de la naissance de la conscience implique fatalement : la mort. Ainsi, revenir dans le monde revient en quelque sorte à mourir à la non-existence. Cette double négation offre dès lors une dimension rituelle évidente et spontanée. On en vient à comprendre la naissance de tout culte. On se réfère directement à l’objet émané comme à la semence dans le champ potentiel qui va s’exprimer, s’ouvrir comme un lotus et manifester son information. Nous avons appris par le charnel à aimer ce qui est et c’est ainsi que nous pouvons le VOIR d’une manière extrêmement familière.

L’icône apparait. Elle n’est pas une idole. Les débutants manipulent des idoles. Car ils se manipulent eux-mêmes. Le sorcier accompli ne peut qu’utiliser l’icône. C'est-à-dire l’image active de son propre positionnement métaphysique. L’icône implique la notion d’image. Le sujet et son obscurité sont respectés. La Loi magique n’est pas violée. Car elle se fait d’une manière tout à fait naturelle : reliée à la dimension spirituelle du sorcier.

Mais construire l’autel de l’oblation depuis le lieu même de la Citadelle-de-la-Nuit, c’est une pure affaire d’amour. Le jour se lève sur celui dont le cœur s’est éveillé. Il aime car il n’est plus. Il est le témoin effacé de l’objet aimé. Et les parures de ce non-centre de tous les centres dont le cœur est si profond, sont des semences intellectives. Les guirlandes de lettres et les offrandes internes jubilatoires sont de mise. Ces offrandes peuvent s’extrapoler dans des objets matériels. On assiste dès lors à une miniaturisation du macrocosme. On reproduit par l’autel, l’Univers dans son ensemble. L’espace magique est spontanément célébré par l’acte. C'est un acte de louange car rappelons-le, le tout est une affaire d’amour.

Au centre de l’autel, l’icône, représentation macrocosmique du magicien. L’icône reçoit l’oblation du sujet même. Cette opération est appelée Sacrifice.

M.

31/01/10

Manikarnika


12/01/10

LA SYMBOLIQUE GÉMELLAIRE

Texte de Philippe N. extrait de la revue LE GRIFFON n°6, pages 39-46, avril 1995. Pour lire, on clique sur les images...

25/12/09

Aleyrac sous la neige

Pour les amoureux de la Nature, petit cadeau de Noël...

24/12/09

Les filles d'Hermès


Elles partent de l’Amour, comme d’un cercle sans frontières tracé dans la Terre. C’est une base, une fondation sur laquelle rien ni personne ne peut s’appuyer. Comme un cercle fragile tracé sur l’eau, l’herbe chaude ventile les souffles vitaux, retenus juste un instant. Tout a commencé sans qu’on s’y attende. Entre deux brasiers, au creux d’une main sans ongles. Quelque chose de brut qui tente d’échapper à la délicatesse. Le cœur retourné, toi-même retournée autour de ton cœur plutôt. Un morceau de feuille, laissant échapper une eau moribonde. Un grand silence, celui où tu ne sais pas où te mettre, où tu ne sais plus qui tu es. Tu as le corps baissé, le dos bien bas, relevé, baissé, ramassé comme une brindille synchrone.

Dieu a créé l’homme afin qu’il irrigue la Terre. Quel étonnement que de se vivre irrigué…Soleil laborantin où la Terre devient Homme.

Unique est la Pierre, multiples sont ses amants. Labourer les nuages disait Dogen, la nature croit avec lenteur, il te faudra commencer par ralentir. La plume de tes doigts emportée par le vent vole au dessus de l’abîme, tu attends, regardes son parcours, précision d’un œil qui ne voit plus. Et lorsqu’elle disparait de ton regard inquiet, tu sais bien qu’au fond, une deuxième naissance est nécessaire. Alors dans un élan rasé, ce qui est connu et ses souvenirs disparaissent, dans le Solve indécent des générations revivifiées.

Ta tâche est simple mais oh combien grande ma sœur.

Ainsi la mort en fête, les célébrations arboricoles, les offrandes de mousse boisée, et ces feuilles crépitées, font un signe d’acquiescement. Le temps nocturne couve les étoiles lactées de la louve solitaire. Murmures lutins, rires sibyllins et attente…Attente.
M.

16/12/09

LES HUIT PORTES

Texte de JLC extrait de la revue LE GRIFFON n°11, pages 43-51, 1996. Pour lire, on clique sur les images...

09/12/09

J'ai perdu l'Esprit dans l'amour de Shyam


J’ai perdu l’Esprit dans l’amour de Shyam,
Je suis devenu idiot.
Comment calculer l’infini ?
Comment dicter l’éternel ?
Le savoir s’efface dans l’Inconnaissance,
Comme des feuilles jetées au feu.
Ton sourire a gagné Shyam.
Ton sourire a gagné.


J’ai beaucoup pleuré dans cette vie,
Pas assez pour les mendiants,
Trop pour les nobles,
En vain pour les vils.
Puis un jour, dans mon cœur,
J’ai rencontré l’Inconsolable.
Pleure-t-il vraiment de Joie ou de Tristesse ?
Le Seigneur des Larmes est son Ami.
Il a rejeté les flagorneries des femmes.
Il chante un nom muet avec son œil de biche.
Dans la forêt.


Je marche sur la terre sacrée,
Impossible de s’en évader.
La prison de ton corps a scellé mon visage.
Les écailles de ton souffle font disparaitre la nuit.
Pourtant, personne ne s’est encore échappé,
Des geôles de ton silence.


Comme Rab’biah (La Paix soit sur Elle),
Tu as couru vers le Ciel,
Et l’as assassiné,
Par ton autre main, la Terre a disparu.
Mais ce matin encore, je t’ai vu arroser les fleurs,
Et libérer un oiseau de sa cage.

M.

06/12/09

Kali Puja

29/11/09

Madone

Image de Tara Peeth (West Bengal)

13/11/09

Hommage à Layla et Majnoun

"J'ai traversé ces murs, les murs de Layla,
Et j'ai embrassé ce mur, et ce mur là.
Ce n'est pas l'Amour des enceintes qui a pris mon coeur,
Mais Celle qui réside en elles."
Qays ibn al-Mulawwah (Majnoun) sur la tombe de Layla

Oh Leyla, ne me laisse pas T’aimer ainsi dans le secret de mon âme.
Je sais que Tu vois toute chose, et que la chanson de Tes yeux infiltre mes veines.
Deviens je T’en prie le secret même de mon âme.
Car je connais maintenant la malédiction de l’aimé.

Il n’est pas d’autre Elle, qu’Elle-même.
Ainsi, le miroir qui m’empêchait de Te voir,
Se brise dans la joie
Majnoun n’est plus.
Majnoun est un fou.

Sans Majnoun, le monde est pur amour,
Mais sans Layla, qu’en reste-t-il ?
Que mon cœur répète Ton nom,
Que sait-il dire d’autre ?

Un ami m’a proposé le remède,
Je suis alors parti dans le désert,
En guerre contre tous les remèdes.
Que vois-je ? Majnoun serait-il guéri du remède ?

Au début, je Te voyais partout,
Et cette vision me hantait.
Mais qui es tu donc vision pour te prendre pour Elle-même ?
Ainsi, T’ai-je aperçu nulle part.

Dans la distance, le brasier,
Et en Layla, la fin de tous les brasiers,
L’eau pure coule dans le désert.
Et on me dit que Layla frappe à ma porte.

Renvoyez là, renvoyez là !
Layla m’empêchait de voir Layla,
Mais La chouette a hurlé,
Dans la moiteur de ces corps.

Qu’importe les vers de Majnoun,
Lorsque le monde est la poésie de Layla.
J’ai vu une hypostase descendre de Tes cheveux.
Qui es tu donc, hypostase, pour te croire digne de Sa natte ?
Les mondes se détruisent,
Lorsque la plume sert ses lettres dans le cœur de Majnoun.
Et le soupir final, a déjà été milles fois soupiré.
Alors quand viendra la satiété, enterrez Majnoun selon les rites.
M.

03/11/09

La confrérie des veilleurs


L’ordinaire d’un café tiède,
Un savoir lointain nous approche.
Sans regard, un œil constate
Et décrypte les silences.
La pensée de Toi est ce qui nous relie,
Elle te connait mieux que toi-même.
La cafetière est en marche,
Les veilleurs veillent car il est toujours l’heure,
De dormir leur sommeil.

Le grand secret des veilleurs,
Traverse tout ce que tu vois.
Ce qui apparait devant,
Est si réel,
Qu’il se consacre à disparaître.
Ce qui apparait derrière,
Est si inconsistant,
Qu’il se perd à prendre forme.

Comment vous ai-je reconnus ?
Dans les couloirs morbides de la pensée,
Dans les joies des centres projetés,
J’ai serré une pierre.
Toute perte partielle était folie.
Se retrouver, un mensonge.
J’ai serré cette Pierre.
Et je vous ai retrouvés,
Dans le creux de tout ce que nous ne sommes pas.

M.

16/10/09

Mesas en Aleyrac

09/10/09

Ni Ceci - Ni Cela


Pas Toi, ni moi ;
Ni eux, ni elles ;
Pas ici, pas là-bas ;
Pas avant, pas après ;
Pas maintenant, pas plus tard ;
Pas comment, pas pourquoi ;
Pas ceci, ni cela ;
Pas frère, ni proche ;
Pas à chercher, ni à Trouver ;
Pas postérieur, ni antérieur ;
Pas créé, ni non-créé ;
Non Temporel, ni Eternel ;
Sans naissance, ni mort ;
CELA AVANT CELA
Ni né, ni non-né ;
AVANT, AVANT ;
Indescriptible,
Imperceptible,
Incommunicable ;
Sauf par Lui-Même,
Sans aucun vouloir.
Ni ni Ceci - Ni ni Cela.

Philippe N.

06/10/09

DOUBLE NÉGATION (2)

Il n'existe ni création, ni destruction,
ni déterminisme, ni libre-arbitre,
ni sentier, ni réalisation. (Ramana Maharshi)

La double-négation n'est ni plus ni moins que l'AINSITÉ. La métaphysique quantique et la logique non-aristotélicienne sur lesquelles reposent les descriptions de la magie inconnue ne sont bien évidemment pas la magie inconnue en soi, de sorte qu'il est toujours nécessaire de réfuter les solidifications conceptuelles qu'elles engendrent inévitablement. Et c'est une fois réfutées ces solidifications que l'on entre de plain-pied dans la magie inconnue.

Il est toujours utile en magie d'être capable de donner de la solidité au non-moi ou au non-manifesté par exemple. C'est une compétence fondamentale, malheureusement plutôt rare, bien qu'elle soit élémentaire dans ce domaine. Cependant, nous devons savoir que cette opération de solidification du négatif ne relève pas encore du stade du souffle du dragon, lequel, bien qu'on puisse en avoir l'expérience, échappe à la pensée. Ainsi, concevoir la non-manifestation comme étant la source de la manifestation, c'est-à-dire comme une chose en soi, est aussi trompeur que concevoir la manifestation comme une chose en soi. Car en dehors de l'apparence manifestée, il n'existe aucune non-manifestation et c'est la manifestation elle-même qui est non-manifestation. Solidifier le non-manifesté au point de pouvoir le découper au couteau semble être pourtant une étape et une compétence magique que tous les pratiquants de la magie inconnue traversent, mais dans laquelle il ne faut pas rester coincé en imaginant qu'elle est le but lui-même. Les bouddhistes disent : la forme est vide, le vide est forme, il n'y a pas de vide en dehors de la forme et il n'y a pas de forme en dehors du vide. Imaginer un vide en dehors de la forme, c'est donc n'avoir rien compris de ces paroles. De même, suivant la même logique de la double-négation, c'est votre personne même qui est impersonnelle. C'est l'impersonnel lui-même qui est personnel. Par conséquent, si vous cherchez à fabriquer de l'impersonnel sans passer par le particulier, ou en le niant, vous faites de l'abstrait. Avez-vous remarqué que lorsque vous parlez par exemple de LA peur ou de LA joie, vous ne touchez personne ? Avez-vous remarqué que lorsque vous parlez de VOTRE peur et de VOTRE joie, vous devenez universel et tout le monde se met alors à vous écouter et est touché par ce que vous dites ? La double-négation conduit donc aussi à rendre témoignage de cela.

On dit dans la magie inconnue que l'identité est vide et que la vacuité est "non-localité". Mais la magie inconnue réelle va au-delà de cette conception et constitue également l'absence de non-localité, ou tout au moins de la conception de celle-ci. Car dans ce cas, nous acceptons tacitement qu'existe une non-entité, de sorte que celle-ci finit par se solidifier et par se convertir de nouveau en l'entité que nous croyons être. Si nous n'y prenons pas garde, nous revenons donc à la case départ de la magie connue du fait de ne pas pouvoir passer au travers de la conception. Tout simplement, la conception adopte maintenant une forme négative plutôt que positive : inconnu, non-moi, non-manifesté, non-localité, non-entité, impersonnalité... Elle continue par conséquent de nous réduire au domaine de la magie connue.

Lorsque nous basculons dans la magie inconnue réelle, nous sommes dépourvu d'affirmation positive autant que négative. C'est ainsi que nier l'apparence comme simple apparence en disant qu'elle est fausse, illusoire et inexistante n'apporte pas grand chose, puisque l'apparence EST un phénomène mental et que son apparence EXISTE bel et bien, même si elle est purement conceptuelle, onirique et vide de nature propre.

En magie inconnue, la logique de l'autre coté qu'est la double négation est utile à tout, dans la mesure oú elle constitue à la fois un vérificateur et une porte ouverte sur la non-localité réelle plutôt que sur ses falsifications. Reprenons par exemple le célèbre Koan du zen : "Que peux-tu faire, que peux-tu ne pas faire ?". De toute évidence, ce Koan ne nous invite pas à réfléchir sur ce que nous devons faire ou ne pas faire. Il pointe simplement le fait que dans l'AINSITÉ, il n'y a personne pour faire ni pour ne pas faire. Comme nous imaginons pouvoir faire, nous imaginons aussi que nous pouvons ne pas faire ou pratiquer le non-faire. C'est bien sûr impossible, dans la mesure oú en faisant du non-faire, nous continuerions encore de faire quelque chose. Cette solidification continue donc de nous maintenir dans la posture connue et non créative dont nous ne pouvons pas sortir. Or, la double-négation nous enseigne que le non-faire réel est tout autant l'absence de faire que de ne pas faire. C'est réellement lorsque nous dépassons ces deux modes positif et négatif du faire que nous sommes dans le non-faire. Encore une fois : la double-négation.

La Paz 18 Juin 2009

02/10/09

EN NOTRE ABSENCE...


Il y a des instants où toute chose tourne vers nous un sourire amical. Comme si notre présence soudain ne les menaçait plus ...
On ne saurait vouloir un tel effacement, notre volonté l'empêcherait de venir. De même que la volonté de dormir fait s'enfuir le sommeil.
On ne peut qu'assister à cette fête donnée en notre absence, et admirer l'élégante façon qu'a parfois la vie de se passer de nous, l'indestructible gaieté de l'air. (C. Bobin)