13/11/09

Hommage à Layla et Majnoun




"J'ai traversé ces murs, les murs de Layla,
Et j'ai embrassé ce mur, et ce mur là.
Ce n'est pas l'Amour des enceintes qui a pris mon coeur,
Mais Celle qui réside en elles."

Qays ibn al-Mulawwah (Majnoun) sur la tombe de Layla




Oh Leyla, ne me laisse pas T’aimer ainsi dans le secret de mon âme.
Je sais que Tu vois toute chose, et que la chanson de Tes yeux infiltre mes veines.
Deviens je T’en prie le secret même de mon âme.
Car je connais maintenant la malédiction de l’aimé.

Il n’est pas d’autre Elle, qu’Elle-même.
Ainsi, le miroir qui m’empêchait de Te voir,
Se brise dans la joie
Majnoun n’est plus.
Majnoun est un fou.

Sans Majnoun, le monde est pur amour,
Mais sans Layla, qu’en reste-t-il ?
Que mon cœur répète Ton nom,
Que sait-il dire d’autre ?

Un ami m’a proposé le remède,
Je suis alors parti dans le désert,
En guerre contre tous les remèdes.
Que vois-je ? Majnoun serait-il guéri du remède ?

Au début, je Te voyais partout,
Et cette vision me hantait.
Mais qui es tu donc vision pour te prendre pour Elle-même ?
Ainsi, T’ai-je aperçu nulle part.

Dans la distance, le brasier,
Et en Layla, la fin de tous les brasiers,
L’eau pure coule dans le désert.
Et on me dit que Layla frappe à ma porte.

Renvoyez là, renvoyez là !
Layla m’empêchait de voir Layla,
Mais La chouette a hurlé,
Dans la moiteur de ces corps.

Qu’importe les vers de Majnoun,
Lorsque le monde est la poésie de Layla.
J’ai vu une hypostase descendre de Tes cheveux.
Qui es tu donc, hypostase, pour te croire digne de Sa natte ?

Les mondes se détruisent,
Lorsque la plume sert ses lettres dans le cœur de Majnoun.
Et le soupir final, a déjà été milles fois soupiré.
Alors quand viendra la satiété, enterrez Majnoun selon les rites.


M.

03/11/09

La confrérie des veilleurs


L’ordinaire d’un café tiède,
Un savoir lointain nous approche.
Sans regard, un œil constate
Et décrypte les silences.
La pensée de Toi est ce qui nous relie,
Elle te connait mieux que toi-même.
La cafetière est en marche,
Les veilleurs veillent car il est toujours l’heure,
De dormir leur sommeil.

Le grand secret des veilleurs,
Traverse tout ce que tu vois.
Ce qui apparait devant,
Est si réel,
Qu’il se consacre à disparaître.
Ce qui apparait derrière,
Est si inconsistant,
Qu’il se perd à prendre forme.

Comment vous ai-je reconnus ?
Dans les couloirs morbides de la pensée,
Dans les joies des centres projetés,
J’ai serré une pierre.
Toute perte partielle était folie.
Se retrouver, un mensonge.
J’ai serré cette Pierre.
Et je vous ai retrouvés,
Dans le creux de tout ce que nous ne sommes pas.

M.

16/10/09

Mesas en Aleyrac

09/10/09

Ni Ceci - Ni Cela


Pas Toi, ni moi ;
Ni eux, ni elles ;
Pas ici, pas là-bas ;
Pas avant, pas après ;
Pas maintenant, pas plus tard ;
Pas comment, pas pourquoi ;
Pas ceci, ni cela ;
Pas frère, ni proche ;
Pas à chercher, ni à Trouver ;
Pas postérieur, ni antérieur ;
Pas créé, ni non-créé ;
Non Temporel, ni Eternel ;
Sans naissance, ni mort ;
CELA AVANT CELA
Ni né, ni non-né ;
AVANT, AVANT ;
Indescriptible,
Imperceptible,
Incommunicable ;
Sauf par Lui-Même,
Sans aucun vouloir.
Ni ni Ceci - Ni ni Cela.

Philippe N.

06/10/09

DOUBLE NÉGATION (2)


Il n'existe ni création, ni destruction,
ni déterminisme, ni libre-arbitre,
ni sentier, ni réalisation. (Ramana Maharshi)

Avant de lire ce texte, je conseille de consulter celui que j'avais déjà écrit à ce sujet et qui montre assez clairement comment la double-négation ne pointe ni vers le Tout ni vers le Rien et en déjoue tous les pièges, tout comme celui que l'on qualifie communément de non-dualité, sans trop comprendre généralement de quoi il s'agit d'ailleurs. C'est ainsi que la double-négation n'est ni plus ni moins que l'AINSITÉ. La métaphysique quantique et la logique non-aristotélicienne sur lesquelles reposent les descriptions de la magie inconnue ne sont bien évidemment pas la magie inconnue en soi, de sorte qu'il est toujours nécessaire de réfuter les solidifications conceptuelles qu'elles engendrent inévitablement. Et c'est une fois réfutées ces solidifications que l'on entre de plain-pied dans la magie inconnue.

Il est toujours utile en magie d'être capable de donner de la solidité au non-moi ou au non-manifesté par exemple. C'est une compétence fondamentale, malheureusement plutôt rare, bien qu'elle soit élémentaire dans ce domaine. Cependant, nous devons savoir que cette opération de solidification du négatif ne relève pas encore du stade du souffle du dragon, lequel, bien qu'on puisse en avoir l'expérience, échappe à la pensée. Ainsi, concevoir la non-manifestation comme étant la source de la manifestation, c'est-à-dire comme une chose en soi, est aussi trompeur que concevoir la manifestation comme une chose en soi. En dehors de l'apparence manifestée, il n'existe aucune non-manifestation et c'est la manifestation elle-même qui est non-manifestation. Solidifier le non-manifesté au point de pouvoir le découper au couteau semble être une étape et une compétence magique que tous les pratiquants de la magie inconnue traversent, mais dans laquelle il ne faut pas rester coincé en imaginant qu'elle est le but lui-même. Les bouddhistes disent : la forme est vide, le vide est forme, il n'y a pas de vide en dehors de la forme et il n'y a pas de forme en dehors du vide. Imaginer un vide en dehors de la forme, c'est n'avoir rien compris de ces paroles. De même, suivant la même logique de la double-négation, c'est votre personne même qui est impersonnelle. C'est l'impersonnel lui-même qui est personnel. Par conséquent, si vous cherchez à fabriquer de l'impersonnel sans passer par le particulier, ou en le niant, vous faites de l'abstrait. Avez-vous remarqué que lorsque vous parlez par exemple de LA peur ou de LA joie, vous ne touchez personne ? Avez-vous remarqué que lorsque vous parlez de VOTRE peur et de VOTRE joie, vous devenez universel et tout le monde se met alors à vous écouter et est touché par ce que vous dites ? La double-négation conduit donc aussi à rendre témoignage de cela.

Comme on peut le constater, Il est nécessaire de pouvoir pulvériser ce que l'on a solidifié, grâce une fois encore, à la double-négation. Immanquablement, nous finissons toujours par solidifier les choses, et même l'inconnu peut devenir pour nous parfaitement conceptuel, connu, claustrophobique. Disons que si vous avez lu et apprécié les textes de magie inconnue placés sur Bliss of None et sur Magick-Instinct, ce qui est dit présentement a de fortes chances de vous être utile en vous permettant de dissoudre les points de solidification engendrés par la lecture de ces textes et par leur mise en pratique. Il s'agit ici de rendre plus volatiles les conclusions que vous pourriez tirer malgré vous et à votre insue à la lecture de ces textes, tout en redonnant de la précision à la magie inconnue, en la rendant justement moins connue, moins appréhendable.

Si comme l'assure la métaphysique quantique l'identité est en rapport avec quelque chose qui n'existe pas, cette absence préexiste comme absence et il est donc impossible de l'atteindre, puisqu'elle est déjà présente en tant qu'absence. C'est la raison pour laquelle les plus grands maîtres du Tchan et du taoïsme ont assuré une fois pour toutes que l'illumination n'existe pas et que personne ne l'atteint, pas même le Bouddha.

On dit également dans la magie inconnue que l'identité est vide et que la vacuité est "non-localité". Mais comme tout concept ayant jamais existé ceci ni n'est ni n'est pas, de sorte que la magie inconnue réelle va au-delà de cette conception et constitue également l'absence de non-localité, ou tout au moins de la conception de celle-ci. En vertu de la double négation, la véritable essence de l'identité réside tout autant dans la complète absence d'entité que dans la complète absence de non-entité. Or, ceci n'est-il pas la plus exacte définition métaphysique de l'AINSITÉ qu'il soit possible de donner ? 99,9% des gens lisant les textes magie inconnue semblent vouloir se convaincre eux-mêmes que le fait d'être dépourvu d'entité est une question d'identité. Les 0,1% restants semblent se persuader eux-mêmes que ceci est réellement ce qu'ils sont, c'est-à-dire une question de non-entité. Mais dans un cas comme dans l'autre, nous acceptons tacitement qu'existe une non-entité, de sorte que celle-ci finit par se solidifier et par se convertir de nouveau en l'entité que nous croyons être. Et donc, si nous n'y prenons pas garde, nous revenons à la case départ de la magie connue du fait de ne pas pouvoir passer au travers de la conception. Tout simplement, la conception adopte maintenant une forme négative plutôt que positive : inconnu, non-moi, non-manifesté, non-localité, non-entité, impersonnalité... Elle continue par conséquent de nous réduire au domaine de la magie connue.

Fort heureusement et après avoir déjoué les pièges du Tout, le piège du Rien est assez simple à surmonter lui aussi, dans la mesure oú ce Rien est tout bonnement insoutenable : Il n'existe personne capable de croire qu'il n'existe pas car s'il existait une entité affirmant qu'elle n'existe pas, cette entité démontrerait son existence du simple fait qu'elle affirme son inexistence. Une non-entité ne peut affirmer qu'elle n'existe pas car elle est dépourvue d'entité pouvant effectuer ce genre d'affirmation. Plus encore, une non-entité ne peut parvenir à connaître qu'elle n'existe pas. Donc, l'inexistence n'est pas viable en tant que concept et lorsque vous basculez dans la magie inconnue réelle, vous êtes dépourvu d'affirmation positive autant que négative. L'autre peut dire que vous êtes ceci ou cela, mais pas vous. Toutefois, si nous n'étions pas absent dans la non-manifestation, nous ne pourrions être présent dans la manifestation qui est son apparence. Si nous n'étions pas absent nouménalement, nous ne pourrions être présent phénoménalement. Par conséquent, nier l'apparence comme simple apparence en disant qu'elle est fausse, illusoire et inexistante n'apporte pas grand chose, puisque l'apparence EST un phénomène mental et que son apparence EXISTE bel et bien, même si elle est purement conceptuelle, onirique et vide de nature propre.

Vraiment, pour vous aider à déjouer les solidifications négatives succédant aux positives, je vous invite à relire le texte sur la double négation. Il vous permettra sans doute de mieux comprendre combien cette solidification peut être un outil magique puissant, mais en même temps un obstacle fréquent, puisque malgré ce texte très clair, certains lecteurs ont pu en conclure que je faisais du vide un but. Il s'avère pourtant, à la lecture du premier texte, que c'est leur propre tendance à la solidification positive qu'ils projettent ainsi.

En magie inconnue, la logique de l'autre coté qu'est la double négation est utile à tout, dans la mesure oú elle constitue à la fois un vérificateur et une porte ouverte sur la non-localité réelle plutôt que sur ses falsifications. Reprenons par exemple le célèbre Koan du zen : "Que peux-tu faire, que peux-tu ne pas faire ?". De toute évidence, ce Koan ne nous invite pas à réfléchir sur ce que nous devons faire ou ne pas faire. Il pointe simplement le fait que dans l'AINSITÉ, il n'y a personne pour faire ni pour ne pas faire. Comme vous imaginez pouvoir faire, vous imaginez aussi que vous pouvez ne pas faire ou pratiquer le non-faire. C'est bien sûr impossible, dans la mesure oú en faisant du non-faire, vous continueriez encore de faire quelque chose. Cette solidification continue donc de vous maintenir dans la posture connue et non créative dont vous ne pouvez pas sortir. Or, la double-négation nous enseigne que le non-faire réel est tout autant l'absence de faire que de ne pas faire. C'est réellement lorsque vous dépassez ces deux modes positif et négatif du faire que vous êtes dans le non-faire.

La Paz 18 Juin 2009

02/10/09

EN NOTRE ABSENCE...


Il y a des instants où toute chose tourne vers nous un sourire amical. Comme si notre présence soudain ne les menaçait plus ...
On ne saurait vouloir un tel effacement, notre volonté l'empêcherait de venir. De même que la volonté de dormir fait s'enfuir le sommeil.
On ne peut qu'assister à cette fête donnée en notre absence, et admirer l'élégante façon qu'a parfois la vie de se passer de nous, l'indestructible gaieté de l'air. (C. Bobin)

27/08/09

CÉLÉBRATIONS

10/08/09

Magie inconnue (3): La transmission de l'Intransmissible


La transmission de l’intransmissible

L’apprentissage de la magie inconnue passe par l’effort de pratique et nécessite avant tout un phénomène de lignage, de transmission spirituelle.

La lignée de transmission de la magie inconnue est composée d’êtres humains ordinaires, parcourant d’une manière impersonnelle, selon la Même Volonté du Non-né, leurs voies personnelles. Il ne s’agit pas d’un corpus de doctrines, ni même d’une organisation vouée à un culte commun ; dans un vocabulaire occultiste, nous irons même jusqu’à dire qu’il ne s’agit pas d’un égrégore. Certes, nous commençons à avoir une mythologie commune, à la fois séculiaire et universelle, faite d’expériences accumulées, veillées ou oubliées, mais le terreau de base de la tradition transmissive de l’inconnu n’en est nullement affecté. Il est précisément inconnu. Bien qu’il soit nommé, invoqué, et servant de repère à chacun, il n’en demeure pas moins totalement inconnu. Les plus grands maîtres de la lignée ne l’ont jamais ne serait-ce qu’effleurer. A vrai dire, nous pourrions distinguer une hiérarchie de nos grades et qualités inversement proportionnelle à la prétention de chacun à toucher du doigt l’ineffable mystère. Le maître de la lignée inconnue est celui qui a abandonné toute prétention, consciente ou inconsciente, à connaître l’inconnaissable, et de fait, demeure ouvert et disponible à ce qui est. Son regard n’est plus tourné vers l’extérieur, vers le moyen de transmission, vers la méthode ou la nécessité de celle-ci, mais uniquement vers l’intérieur, c'est-à-dire vers notre espace ouvert. Il s’agit, la précision mérite d’être faite, non pas d’un état absolu, mais bien d’une technique, d’un placement de l’esprit, permettant une efficacité de transmission : ce que l’on nomme la contagion. En effet, il sait bien que s’il choisit, prépare et invente des subterfuges pour faire « évoluer » un aspirant à la connaissance inconnue, cela sera voué à l’échec. Ainsi, il s’adonne au non-agir. Un non-agir qui n’est ni un laisser-faire ni un intervenir. Un non-agir qui vise à réprimer consciemment les intentions d’actions lorsqu’une situation se présente et pourrait aboutir à une « erreur ». L’erreur est corrigée par l’influx d’intention coupé net, et remis entre les mains de l’inconnu, seul véritable maître de lignée. Lorsqu’une « victime » de l’Eveil apparait, nous nous en remettons toujours à l’inconnu, afin que l’exploration intérieure ne soit pas perturbée par les volontés de chacun. Les situations, lorsqu’elles apparaissent d’elles même, sont plus précieuses que tous les grimoires magiques. Le courant passe, et sans obstacles, la propagation est possible. Le silence fonctionne parfaitement à cet égard, et constitue dit-on, le plus grand des gurus.

Les véritables progressions magiques des membres de la lignée ont ainsi la saveur de l’accidentel. Une série de compréhensions métaphysiques, dont les obstacles ont été écartés par les effets contagieux de celle-ci, se succèdent, et laissent place à une forte impression d’évidence. Et cette dernière s’incarne véritablement dans l’acte magique. La précision d’une telle compréhension trahit son origine surnaturelle, et dépasse de loin les influx mentaux ordinaires. En présence d’un membre de la lignée, « réquisitionné » et élu pour la maîtrise, l’initiation, puisque c’est bien de cela dont il s’agit, s’effectue d’esprit à esprit.

Nous ne pouvons cependant nous arrêter à de telles abstractions vertigineuses. Nous remarquons jour après jour la richesse des phénomènes de lignage dans leurs dimensions humaines, ordinaires, matérielles. Si nous considérons que l’Esprit seul suffit, et c’est pourtant le cas, alors nous sommes tentés de nier la nécessité d’une transmission de maître à disciple, de personne à personne. Cependant, qui d’autre qu’un maître humain, incarné, connu, vécu et senti, en ce monde, sur cette terre, à notre époque, dans notre univers quotidien, pourrait nous aider à vivre l’Arcane ? Les chimères de nos systèmes de représentation, nos complices imaginaires, connus et archiconnus ? Sûrement pas. Jaïs me rappelait l’allégorie tantrique de la théière et de la tasse. La théière (le guru) verse le thé dans la tasse vide (le disciple), ainsi la tasse est remplie. « Et si le thé tombait du ciel ? » lui répliquai-je. « C’est une pierre qui tomberait peut être, par accident, dans ta tasse… ».

Il ne s’agit pas de rejeter les techniciens autodidactes, les mystiques ayant bénéficié d’illuminations par leur travail de solitude, ou encore les pionniers de l’expérience magique, bien au contraire. Mais demandons-nous donc QUI nous a transmis cette connaissance ? Est-ce par notre propre travail ? Recevoir implique un donneur et chaque avancée véritable engendre un sentiment de gratitude : reconnaître ce qui nous a été totalement offert. Jamais nous ne devons nous concentrer sur notre effort, c’est une bassesse magique, et un mauvais placement de l’esprit, Jésus le rappelle constamment dans les évangiles. Nous avons toujours à remercier Quelqu’un, pour rendre hommage à la loi d’altérité, et ayant choisi la voie de l’humain, c’est toujours vers Toi que je me tourne. Cela donne un coup fatal à une idée commune à notre époque : il est possible, juste et valable de se « faire soi même », de récolter les « fruits de notre propre effort », sans l’aide des autres, et bien évidemment, au passage, en glorifiant son nombril. L’Avadhût (un saint hindou éveillé, se situant au-delà des contingences) parle dans le Bhâgavata Purâna de ses 24 gurus (l’océan, le papillon, etc…) auprès desquels il a obtenu la connaissance du Brahman. Mais nous ne sommes pas un Avadhût, et nous devons commencer par le commencement, c'est-à-dire avec ce qu’il y a de plus proche de nous, à savoir un être humain. A partir de là, lorsque le lignage est activé, lorsque la transmission s’effectue de personne à personne, nous pouvons nous aventurer dans les formes plus subtiles du Guru, qui ne resterons à jamais que Ses formes, lorsque l’on développe le Guru Yoga. Nous n’apprendrons de la nature, des arbres, de la nuit et du silence, que si nous avons appris préalablement de notre Maître. Précisons également qu’il y a une différence énorme entre se faire croire qu’un arbre nous enseigne et ENTENDRE ses enseignements. À une époque ou l’ingratitude fait loi, la reconnaissance traditionnelle du Maître est d’une puissance magique inouïe. Nous en revenons au fait que la magie inconnue n’est pas une excuse. Toutes les justifications métaphysiques ne pourront jamais remplacer la nécessite matérielle d’un maître pour un disciple. Il y a une responsabilité personnelle dans la conduite d’une tradition, de même qu’il existe des règles à suivre pour celui qui en recherche les bénéfices. Imaginez un pape qui cesse de faire la messe sous prétexte qu’il saisisse d’un éclair spirituel fulgurant la qualité essentiellement vide de tout acte ! De même, même s’il n’y a rien à transmettre, même si la tradition inconnue reste la voie de chacun, même si l’Eveil ne concerne que Nous-Même, même s’il n’y a ni maître, ni disciples, reste les impératifs de notre monde et de ses cycles, de notre « basse » contingence et de ses besoins les plus ordinaires et les plus simples, qui sont le plus souvent les plus efficaces et les plus nobles! Ainsi nous nous repérons entre nous, à la manière dont nous nous comportons face au sacré. Allons nous jouer les Grands Rois de la Magie de l’Eveil, au dessus de tout besoin, ou allons-nous accepter certaines règles de transmission qui impliquent notamment la reconnaissance directe et frontale d’un être plus grand et plus sage que nous, perçu en ce moment des plus sacrés, comme la seule réponse à notre cri de l’âme ? De tous les lecteurs des travaux de la lignée, qui remontent à des décennies, et reconnus de qualité par de nombreux spiritualistes de traditions, d’horizons différents, et parfois opposés, seule une poignée a osé frapper à la porte du Terrain. Dans le fond, on préfère relire les philosophes taoïstes et faire de la chaos magick solitaire dans son petit chez soi, plutôt que de mettre les pieds dans le plat et de demander des instructions. Youtube et Wikipedia suffisent à la médiocrité magique ; à quoi bon aller chercher auprès d’un maître ce qui est présent dans les livres ? Mon expérience personnelle accorde évidemment une place de choix à la lignée inconnue, à celle de mes maîtres et amis. Mais je ne me méprends pas, je reconnais, du point de vue ou je me place, le mécanisme même de toute transmission traditionnelle, notamment le regard du disciple, orienté dans une direction bien précise, afin qu’il puisse justement se montrer digne d’en être un! Il touche le soleil radieux d’un être représentant le grand Mahamudra sur Terre, élu par l’intime de son Cœur. Peu importe qu’il s’appelle Trois fois Ananda ou Jean Michel… Il s’approche et dit « S’il te plaît », il s’incline et nettoie avec joie ses toilettes. On critique les Maîtres spirituels et leurs scandales modernes, les traditions ne remontant pas à 150 mais à seulement 50 ans (quelle grande différence pour l’histoire éternelle du Cosmos !). On oublie que toute tradition ne remonte dans sa chaine initiatique qu’à Dieu Seul. Et goûter à cela, c’est élire dans notre corps, un être Vivant et Enseignant. Qui critique donc les disciples ? Vous voulez tuer les maîtres, vous devrez ainsi apprendre à vivre dans votre bêtise et votre autosuffisance ! La phrase : « Si tu rencontres le Bouddha, tue-le » est faites pour des disciples bouddhistes aguérris et non pour des adolescents anarchistes ayant encore des comptes à régler avec l’autorité de leur père. D’ailleurs la citation complète est : « Si tu rencontres le Bouddha, tue-le, mais avant, tourne sept fois ton bol ».

La tempête du courroux s’étant calmée, revenons aux modalités de transmission. Nous travaillons dans le but de la complétude et de l’excellence, nous décelons ainsi l’activité du maître au niveau des trois centres, le ventre, le cœur et la tête. Dans le cadre de la transmission de la magie inconnue, nous avons reconnu différentes expressions de celle-ci, à la manière des différentes diksha (initiations) répertoriées par les maîtres tantriques : le mantra donné à l’oreille (le son), le contact physique (le toucher), le regard (la vue), l’enseignement intellectuel (la reconnaissance dialectique), les initiations rituelles, le silence…etc.

Nous pouvons repérer une transmission au niveau de la tête par un soudain apaisement des pensées, accompagné du fleurissement de l’activité pneumatique. En résultent souvent ce que l’on appelle dans la lignée « des bouffées de sagesse spontanée ». Nous perdons les repères du connu par l’intrusion d’une ténèbre : « Et si tout ceci allait bien plus loin que je puisse le voir ou le croire ? ». La brèche étant installée, c’est la situation, non-moi, qui prend le contrôle et annonce ce qu’Elle a à dire. Intégrer, digérer la quantité colossale d’informations acquises par cette forme de gnose prends parfois des décennies.

Sur le plan du cœur, dans le sentiment, la gamme des émotions humaines est expérimentée par un contact avec la lignée transmissive. C’est un véritable chaos ordonné, le monde astral dans lequel notre lien à la lignée prend différentes teintes émotionnelles, recouvre différents champs oniriques. Nous touchons à l’Inconnu lorsque nous écoutons réellement notre cœur. Peu importent les raisons, les sécurités de nos références passées, lorsque je suis en Présence de Cela. Voilà l’attitude de l’Amoureux. Son regard est concentré sur l’objet de son Amour, et l’Amant, revêtu du voile de la Connaissance, ne se révèle qu’à la pureté du sentiment. Laissons Jean Luc, parler du positionnement du disciple : « Tu manges mon cerveau à la petite cuillère, tu es ma porte ouverte sur l'épignose. Puisque tu es l'inconnue de toute magie et la magie de toute inconnue, je ne puis te savoir, mais vois combien mon cœur brûle de ton feu et te connait ». C’est à la fois une voie d’accès à la dimension pneumatique du sentiment, mais également une protection qui empêche toute récupération technique de l’apparente efficacité rationnelle d’un contact aseptisé d’esprit à esprit. Ainsi, on ne regarde pas les qualités magiciennes d’un aspirant à la tradition inconnue, mais uniquement ses qualités humaines.

Enfin, dans le centre du ventre, c’est toutes les fonctions du corps qui sont en éveil par la transmission. La tradition inconnue est panthéiste, dans le sens ou elle reconnait dans la nature, à savoir chez l’être humain, dans le fonctionnement de son propre corps, le fait de manger, de sentir, de déféquer, de roter, de copuler, une sagesse inouïe. Plus que cela, elle admet bien volontiers que Celle-ci, qui n’est autre que la Déesse même pour de nombreuses traditions, est Elle-Même l’Inconnu. Le corps se sait paradoxalement non-moi. Il n’érige aucune barrière mentale entre ceci et cela, n’invente aucune hiérarchie céleste ou hiérarchie naturelle, il est, et cela suffit pour que soit engendrée une infinité de connaissances spirituelles, des compréhensions de mécanismes énergétiques aux résolutions métaphysiques les plus subtiles.
Tout cela, c’est le Guru qui le tient. Vous serez amené à communiquer télépathiquement avec lui, à l’aimer et à le détester, à le toucher et à vous laisser envahir. Cela fait peur, vous préférez la belle photo d’Aleister Crowley sur votre autel ? Je comprends.
`
M.

Photo copyright Terre du Dragon 2008, texte copyright Bliss of none 2009

31/07/09

Magie inconnue (2) : La magie inconnue n'est pas une excuse


La magie inconnue n’est pas une excuse
Certains diront qu’il suffit de s’abandonner aux « vents cosmiques du vide », afin de maitriser cette magie. Dormir ce que nous faisons suffirait à mettre du poids dans nos actes. Ignorer la magie suffirait à se rendre connaissant. Bien entendu, cela n’est pas aussi simple. La magie inconnue n’échappe pas à sa propre règle. On ne peut la voir comme un système englobant une série de références, en marge du connu, et « de ce qui se fait ». L’ignorance n’est pas absolue, elle demande un effort de connaissance considérable, et sauter dans le vide, sans l’expérience et la compréhension de nos propres lois mentales (notamment la croyance en une solidité du sol) conduit à l’écrasement. Si la magie inconnue était absolue (notons que le concept d’absolu appartient au domaine du connu), pourquoi les cultures humaines auraient à inventer des traditions, des rites, des filiations, des relations maitres-disciples, des apprentissages magiques ? De même que nous ne pouvons rendre compte d’un éveil objectif, d’un point limite à atteindre, permettant à la conscience de rompre le lien avec la vie ordinaire et ses lots d’identifications, d’émotions et de sensibilité, la magie inconnue se garde de s’enfermer en elle-même, dans ses propres aboutissements. Rien ne distingue un mage de l’inconnu d’une personne ordinaire.

S’il est athée, il en viendra à prier les dieux, non par incohérence, mais bien par respect de l’ordre cosmique, et notamment des lois d’inversion ; non avec détachement ou bien en simulant des croyances, mais avec une foi réelle et une dévotion sans faille. La dévotion intervient ainsi comme l’enveloppe nécessaire de la magie inconnue. Il s’agit de son expression naturelle. L’intériorité ne reste pas intérieure, au-delà même des soi-disants samadhi à durée indéterminée, il ne peut, par nature, y avoir d’absence d’expressions de l’inexprimable. Nous pourrions inventer une éthologie métaphysique, en affirmant que c’est en reniflant, aboyant, tournoyant sur lui-même afin d’attraper sa queue, que le chien exprime sa propre nature, c'est-à-dire l’impersonnalité spontanée. Manifester sa nature, c’est ce que nous appelons en orient le dharma. La pensée magique détournée nous a fait croire qu’il existe une utilité aux rites théistes, une utilité à prier les dieux, une pharmacologie rituelle visant à soulager nos maux existentiels ou/et à obtenir un état supranormal. L’oubli de la tradition a mis un voile sur ce qu’elle est : un respect de l’ordre naturel. Les explications mythologiques ne nous convenant plus, nous les avons remplacées par des mythes scientifiques. Les théories peuvent changer, sans que les conséquences sur la vie d’un homme soient désastreuses. Les théories sont des excuses mentales à la pratique, aujourd’hui nous passons notre temps à nous excuser de ne pas pratiquer. Ainsi, nous ne pratiquons plus et l’ordre cosmique est rompu. Nous entendons par ordre cosmique aussi bien l’interconnexion matérielle des êtres que les ponts entre les différents pans de la réalité de l’homme, de sa conscience pure jusqu’à ses réalités cellulaires. Ça n’est pas parce qu’il n’y a pas d’estomac sur le plan de la conscience que nous pouvons nous passer de manger. De même ce n’est pas parce qu’il n’y a personne dans le ciel des idées que nous pouvons nous passer de rendre hommage à une transcendance. Notons également que ce « personne » n’est pas plus une réalité que quelqu’un, mais du point de vue de la magie inconnue, une technique visant à rendre compte d’un processus de la conscience. Qu’entendons-nous par pratique ? Les Védas, plus anciens textes de l’humanité, mettent l’accent sur l’importance du sacrifice. Si nous regardons à l’intérieur, nous voyons bien que tout acte vise à exprimer l’inexprimable, et que c’est dans cet alignement, du moins chez l’homme, de la pensée et de l’acte, que réside la pratique magique. Le sacrifice vise dans sa définition générale, à rendre compte, dans la vie de tous les jours, de cet alignement. La pratique est vue par l’hindouisme en général comme un sacrifice. La méditation est le sacrifice des pensées, le jeûne, le sacrifice de la faim, l’offrande du feu, le sacrifice de la lumière et de la chaleur. La consommation d’existants nourrit le non-existant, qui certes, n’a nul besoin d’être nourri. Qu’en est-il alors ? Si nous restons dans une logique consumériste, utilitariste, nous ne butterons que sur un « C’est comme ça, un point c’est tout ». Dans la logique inconnue, inaccessible à celui qui se cramponne aux vérités métaphysiques du vide, de l’impersonnel Brahman, ou du dieu matière, nous gardons toujours le même cap. Veiller à ne rien figer, à ne rien ériger en absolu, simplement trouver une opérativité visant à recadrer la conscience à sa juste place, à rendre compte de l’ordre cosmique omniprésent. Nous sommes comme les autres. Chaque matin et chaque soir, les prêtres veillent au bon déroulement du lever et du coucher de soleil à Bénarès. Le fermier sacrifie un peu de sa récolte au bien-être des dieux (pourtant, il n’a pas suffisamment d’argent pour nourrir ses pauvres enfants, quel scandale !). Il est en droit d’attendre quelque chose en échange, car il accomplit l’acte prescrit, à sa juste place. Aujourd’hui, nous ne faisons tout simplement plus rien, nous ne souhaitons plus rien apprendre. Auto-suffisant, notre monde et ses repères égocentrés tendent à maintenir une vie à peu près normale. Il n’en est rien. Elle s’écroule. Le sacrifice vise à faire circuler l’énergie au sein de l’univers. Arroser les plantes, veiller à déposer une fleur dans l’eau d’une rivière, est bien plus que poétique. Ce n’est pas un prosac de la vie moderne, c’est un acte d’une signification et d’une importance colossales. N’arrosez plus la plante et elle mourra. Si elle meurt, elle ne donnera plus de ses fruits, et sans fruits, vous mourrez. Nous pourrions ainsi dire de cette perspective, que la magie, si elle se définit comme l’accomplissement du sacrifice, est le dépôt légal de toute l’humanité. Il n’en est rien, elle appartient par nature à certaines personnes uniquement. Le prêtre sacrifie aux dieux, tandis que le marchand étale ses étoffes au marché. Le hibou chasse la nuit, tandis que l’ours hiberne paisiblement. Il est aisé de comprendre ainsi que dans un monde ou tout le monde souhaite devenir et marchand, et prêtre, l’ordre est brisé. Le marchand n’aura pas le temps de vendre et le prêtre bâclera sa prière. C’est ce qui se passe. Être traditionnaliste ne signifie pas adhérer à des dogmes rigides, mais demander à ce que les choses soient à leur place. Non selon une logique d’exploitation, sociale et économique (comme c’est souvent le cas dans les religions) mais suivant une logique mystique et écologique. Celui qui pratique, celui qui exprime l’inexprimable, se rend bien compte de cet équilibre cosmique auquel il participe pleinement. Nous mettons l’accent sur cette volonté de participation active à l’œuvre cosmique, ce que l’on nomme traditionnellement l’opus magique. C’est notre dharma, ce qui fait de nous ce que nous sommes. Si toute la logique inconnue ressemble à la mystique de la non-dualité, la pratique et cette participation universelle replace le mage dans son domaine terrestre, incarné, social, responsable. On n’y échappe pas, quelque soient les hauteurs conceptuelles atteintes, on ne peut échapper à « Rien ». Pourquoi donc Ramana Maharshi, souvent cité en exemple par les propagandistes du ne rien faire, ayant enseigné le Silence du Cœur tout le long de sa vie, s’est-il retrouvé bien des années après son Eveil, à performer un rite Shivaïte (Rudrabishek) au temple d’Arunachaleshwar, son maître, à Tiruvanamalaï ? Et si Jésus était un vrai siddha, pourquoi aurait-il eu besoin de se sacrifier sur une croix de bois ? Que de points de vue infantiles !
Nous devons, afin de comprendre la logique de l’inconnu, rompre avec la servitude de la continuité, avec l’espoir d’une rupture définitive, entre un univers matériel et contingent, fait d’actes, et une béatitude contemplative, bien cadrée, détachée et bien aseptisée. Lorsque nous comprendrons que nous ne trouverons jamais de repos ni de répits, c’est seulement là que nous commencerons à gouter à la paix et à la véritable contemplation. Et nous voilà encore face à l’évidence d’une inversion, propre à ce domaine dont il est question.
M.

25/07/09

Magie inconnue (1) : L'Insondable en action


La magie inconnue, l’insondable en action

Jean Luc a passé de nombreuses années à démontrer le lien inviolable entre la magie et la mystique, se mettant ainsi en marge des «autorités spirituelles » occidentales, qu’elles soient religieuses et/ou ésotériques.

L’enseignement du dragon nous a mis sur la piste d’une compréhension technique et ontologique du positionnement mystique. Si le mystique, dans le christianisme, obtient des dons ou possède des pouvoirs, c’est non par inadvertance et accident, mais par un positionnement ontologique clair et précis. Certes, ce dernier ne semble pas se préoccuper des pouvoirs, et ne tente pas non plus de manipuler des forces cosmiques afin d’obtenir des effets particuliers quant à une volonté émanant de sa personne. Cependant, de part la relation que le mystique établit avec non-moi, c'est-à-dire dans le plein abandon de sa volonté propre, l’effet du retournement de la conscience vers la nuit intérieure, Dieu, produit de nombreuses manifestations magiques spontanées, que l’on nomme miracles. Les pouvoirs, ou simplement la mise en activité des forces de l’univers, apparaissent comme des ramifications de cette racine fondamentale qu’est la conscience dans son état pur, c'est-à-dire dénuée de réflexion.

C’est ce que nous nommons la magie du sommeil profond ou magie inconnue. Cette magie se base en partie sur l’effet positif du refoulement. L’oubli conscient d’une volonté la dirige vers un champ de conscience plus vaste et plus ouvert que celui de la conscience personnelle (ou égo). C’est ce que nous nommons tirer une flèche magique, ou intention, dans le sens de cette tradition. Le déploiement d’une intention dans le domaine de la nuit, et bien entendu, avec la technicité requise (c'est-à-dire notamment en prenant garde aux phénomènes de récupération inconscients), permet l’atteinte d’une cible avec efficacité. Il faut cependant entendre efficacité dans la tradition du dragon comme la juste réponse de l’univers à une demande et non comme l’accomplissement d’un but personnel. Bien que l’écoute et la compréhension de cette juste réponse puisse constituer un but personnel. En clair, la magie inconnue consiste en premier lieu en une logique et non en une technique, bien que cette logique soit éminemment technique.
Le refoulement positif peut également se manifester par un simple désintérêt. Attention, ce désintérêt précis n’invite pas, à ne plus accorder d’attention aux choses, bien au contraire. Ce désintérêt méditatif vise uniquement à se désengager des mécanismes d’identification aux objets extérieurs. En ne considérant ni ceci, ni cela, comme étant moi, ou attaché à ce que je pense de moi, j’étends simplement l’inconnaissabilité de ma propre conscience. Et arrêter cette saisie provoque paradoxalement une véritable attention soutenue, nous commençons à prendre véritablement soin des choses et à comprendre leur fonctionnement interne.

Renoncement, diminution et double négation

Nous pouvons également dénoter une technicité du renoncement au sein de cette magie. Voir même une technicité de la pauvreté dans un contexte chrétien. Ces mots peuvent choquer car le renoncement et le dénuement sont sacrés. Et nous avons tendance à protéger le sacré de la technique, de les opposer, afin de le préserver. Soyons clair, il ne s’agit pas d’adopter une attitude de renoncement ou de pauvreté afin d’obtenir des « résultats spirituels ». Les pratiques d’ascèses ou de renoncements, tapasyas, attirent l’attention des dieux dans les mythologies hindoues, certes. Cependant, n’importe quel yogi digne de ce nom vous dira qu’il s’agit de voir et d’apprécier les conséquences d’un tel positionnement dans la vie quotidienne, au jour le jour, et non dans l’espoir d’une rémunération future. Si nous renonçons, c’est tout simplement afin d’éviter de nous encombrer, et d’entraîner la conscience vers des objets extérieurs. L’ascèse est un entrainement de la conscience. Elle est liée à la magie inconnue à partir du moment où elle rend l’homme plus transparent à la dimension intérieure. Et c’est uniquement par cette transparence que peut s’exprimer une magie spontanée et efficace.
Nous mettons également l’accent dans la « logique inconnue » sur la double négation. Combien de fois Jean Luc nous a-t-il invité à renoncer à renoncer ! Et combien cette injonction, prise au sérieux fut-elle la porte vers une liberté tant espérée par l’effort ! Cependant, on ne peut brûler les étapes, la paresse, dans le sens d’une absence de pratique, ne mène pas plus à un renoncement qu’à une absence de renoncement ! Encore moins à une libération. Dans la technicité stricte, cette injonction permet l’atténuation d’un phénomène de récupération très fort. A savoir l’attachement, la fascination du renoncement. Le mythe du sage renonçant, est l’un des nombreux objets que la conscience personnelle peut placer en face d’elle, afin de ne pas se rendre transparente à sa véritable source, dénuée d’elle-même… En clair, l’une des nombreuses tricheries possibles, au coté de celle du sage ayant renoncé à renoncer. La technique vise donc à rediriger la conscience du pratiquant vers l’intérieur. On n’atteint aucune hauteur spirituelle si ce n’est celle-ci.

Plus généralement, cette logique de la pauvreté et du renoncement s’inclut dans celle plus vaste de la diminution. Dans un monde ou nous avons pris l’habitude d’associer accumulation et sécurité (accumulation de biens matériels, langagiers, psychologiques ou spirituels), la diminution, le retrait révèle une puissance magique inouïe. Cela ne date pas d’hier, toutes les traditions ont invité au silence, à l’économie des mots, aux dépouillements des richesses matérielles. Cependant la nouveauté de l’esprit de notre époque réside dans le fait que dans un monde ou tout se doit d’être en connexion consciente et maitrisée, la charge produite par un acte délibéré de diminution crée de véritables distorsions dans l’inconscient collectif et laisse ainsi place à l’expression de la magie inconnue, réellement ignorée de l’homme moderne. Orienté dans cette perspective, refuser d’ajouter une ligne à un texte, économiser un débit de paroles, supprimer des références, épurer un rituel, garder un secret, permet à la charge inconnue de s’accumuler dans son propre domaine, et ainsi de s’exprimer avec force et détermination dans l’accomplissement d’un acte. La diète produit une santé inébranlable, le silence, une éloquence formidable, la simplicité rituelle, une précision et une complexité magique, la pauvreté, l’occasion de richesses, la rétention sexuelle, une jouissance ordonnée et correctement exploitée. Nous inversons les valeurs non dans le sens d’une provocation rhétorique, mais en observant le simple fait que tout acte engendre son contraire, et cela, dans le champ particulier de la magie inconnue. La logique de la diminution, par l’inversion, aboutit sur une logique d’abondance et de richesse.


M.


Copyright Bliss of None 2009

24/07/09

Retraite été 2009


Autour du Feu

23/06/09

ce qui se ressemble s'assemble (2)


"Oh Reine de l'univers, tu protèges l'univers. Comme l'Atman de l'univers, tu soutiens l'univers. Tu es la Déesse digne d'être adorée par le Seigneur de l'univers. Ceux qui s'inclinent de dévotion devant toi deviennent eux même le refuge de l'univers."
Devi Mahatmyam 11-33

14/06/09

Ce qui se ressemble s'assemble

"Toujours totalement désireux de la Réalité Suprême,

car son origine est uniquement la Suprême Réalité,

le sage apprendra des montagnes qui portent la terre,

en vrai disciple des sommets,

ce qu'est l'Esprit Suprême."

Bhâgavata Purâna

M.

08/06/09

Ce qu'est la divine Ténèbre


Trinité suressentielle qui es au-delà du divin, au-delà du Bien, Toi qui gardes les chrétiens dans la connaissance des choses divines, conduis-nous, par-delà l'inconnaissance, vers les très hautes et très lumineuses cimes des écritures mystérieuses. Là se trouvent voilés les simples, insolubles et immuables mystères de la théologie, dans la translumineuse Ténèbre du Silence, où l'on est initié aux secrets de cette radieuse et resplendissante Ténèbre, en sa totale obscurité, absolument intangible et invisible, Ténèbre qui comble d'indicibles splendeurs les intelligences qui savent clore leurs yeux. Telle est donc ma prière. Quant à toi, mon cher Timothée, exerce-toi sans relâche aux contemplations mystiques, abandonne toutes sensations et jusqu'aux spéculations de l'intelligence, laisse tout le sensible, tout l'intelligible, tout l'être et le non-être ; ainsi, autant que tu en es capable, tu seras surélevé par la voie de l'inconnaissance jusqu'à ne plus faire qu'un avec Celui qui est au-delà de toute essence et de toute connaissance.En effet, c'est par la sortie de toi-même et de tout, - extase totale et irrésistible - que tu seras emporté vers la Suressentielle splendeur de la Ténèbre divine, étant affranchi et dépouillé de tout. Mais fais bien attention à ce que personne, parmi les non-initiés, ne t'entende. Je veux parler de ceux qui se laissent entraver par les êtres, et qui s'imaginent que rien de suressentiel puisse exister audelà de ceux-ci, mais qui pensent pouvoir atteindre par leur propre connaissance, à Celui qui a pris la Ténèbre pour retraite. Or, si l'initiation aux mystères divins dépasse ces gens-là, que dire alors des plus profanes ? De ceux qui cherchent à définir la cause transcendante de toutes choses par les réalités les plus viles, qui affirment que celle-ci n'est en rien supérieure à ces formes multiples et profanes qu'ils en façonnent ?Au lieu qu'il faudrait attribuer à cette Cause et affirmer d'elle tout ce qui se dit des êtres puisqu'elle est la Cause de tous ; et, a fortiori, le nier, puisqu'elle est au-delà de tout. Et qu'on n'aille point croire que les négations vont à l'encontre des affirmations mais que, de beaucoup première et transcendante à toute privation, elle s'élève au-dessus de toute négation et affirmation.C'est bien en ce sens que le divin Barthélemy disait que la théologie est à la fois développée et brève, l'évangile spacieux et grand, mais néanmoins concis. C'est là, me semble-t-il, une réflexion remarquable car, si l'on ne peut tarir un discours au sujet de la Cause bienfaisante de tout ce qui existe, on peut aussi bien l'exprimer brièvement et même n'en rien dire du tout elle n'a en effet ni parole ni pensée, elle transcende de manière suressentielle tout le créé et ne se manifeste véritablement et sans voile qu'à ceux-là seuls qui franchissent tout ce qui est pur et impur, qui dépassent toutes les plus hautes et plus saintes ascensions, qui abandonnent toutes les lumières divines, et les sons et les paroles du ciel, pour pénétrer dans la Ténèbre de Celui qui est réellement, selon les écritures, l'au-delà de tout.


Traité de Théologie mystique par St Denys l'aréopagite


M.

29/05/09

MAESTRO

Hola Juan.

Deseo que estés bien.Sigo sin poder comunicar con Felipe, por más que lo intento repetidamente. Me gustaría poder saber que se encuentra bien.Tu artículo sobre la Magia en la energía del sentido de la presencia, me ha parecido especialmente directo, además de bello (muy apropiadamente :)

Hace ya algún tiempo que frecuento un grupo de amigos/as en el que, además de fomentar la meditación, trabajamos bastante en el reconocimiento de los procesos neurótico-egóticos. También, y de otra parte, nos reunimos unos amigos/as para meditar. Todo ésto no excluye mi meditación diaria (una o dos veces), que paulatinamente extiende su influencia al resto del tiempo. Poco a poco noto energía-vibración en la parte trasera de mi espalda-cabeza, de modo que la sensación de mí mismo es menos delimitada.

Alguna vez, entreveo el riesgo de llegar a creer que estoy consiguiendo algo por mí mismo. Sé que no es solamente así. Aunque sé que no es "útil", te echo de menos. Veo que tiene algo de lastre del pasado y de auto-reproche; en definitiva, es una maniobra de distracción más. Pero también siento que si a alguna persona quisiera llamar maestro, sería a tí. ¿Qué otra persona me ofreció lo más valioso que tenía, aun cuando yo no lo supiera aceptar? ¿Quién sino tú, comprometió incluso nuestra amistad, para darme la patada en el trasero que tanto necesitaba?

Siento que tenemos Un Maestro común; pero asimismo, me planteo que si hay alguien a quien puedo considerar como el hermano mayor, que me ha sabido orientar en momentos de pérdida; ése eres tú.Pero me queda saber tu visión de este asunto. No puedo tomar esta filiación si tú no la consientes.
Un fuerte abrazo.
-- *******.....**********))))d ¨:¨ b((((**........."'""..........
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Jean-Luc Colnot à fhidalgo afficher les détails 14:08 (Il y a 0 minutes) Répondre

Perdón por ser tan cortitas mis respuestas, pero simplemente : consiento. Hasta lueguito Paquito. Juan